PHOTOS 12
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Une McLaughlin/Buick
de Calgary
par Georges Girard

Voici ma Berline/Décapotable 1933, le
Modèle 68C. Seulement 8
exemplaires ont été produits à
Oshawa, avec conduite à gauche,
vendues au pays et 2 autres avec
conduite à droite pour l'exportation.
Il faut ici, se mettre dans le contexte
de la Grande Crise économique.
L'année 1933 fut la pire pour Buick et
McLaughlin, la production ayant
tombée à son plus creux, à quelques
43,247 voitures au total.

Le premier acheteur fut un M. Nels
Nielsen de Banff. C'était un
immigrant danois qui avait travaillé
longtemps dans la marine marchande
de son pays. Il était célibataire, très
économe et drôle de bonhomme,
selon certains. On le voyait, portant
toujours la même vieille paire de
salopette toute sale. Il bourrait sa
pipe avec des mégots de cigarettes
ramassés un peu partout. Malgré les
temps difficiles, il projetait de partir
un service de transport pour les
quelques riches qui visitaient
encore les Rocheuses, et
concurrencer les quelques
luxueuses limousines en opération
autour des grands hôtels depuis
quelques années. Il lui fallait une
automobile convenant à ce travail.
   
Il alla donc à Calgary (en train) voir
dans les 2 ou 3 garages, ce qui
pourrait faire son affaire. Son choix
s'arrêta sur une belle McLaughlin
Berline/Décapotable. Il revint à Banff
se prendre l'argent nécessaire dans
une bonne cachette et retourna à
Calgary sans tarder. Arrivé chez le
concessionnaire, dans son "linge"
de tous les jours, il avise le vendeur
qu'il vient acheter cette McLaughlin
et de la préparer! Le vendeur
l'examine de haut en bas et lui
répond; "Mais, tu veux rire! As-tu vu
le prix? C'est $3,400! Nielsen va alors
voir le gérant qui lui demande; "Et
comment tu vas la payer?". Nielsen
extirpe alors un rouleau de billets de
$10 et de $20 dollars de sa salopette
et réplique;  "J'ai ici $3,200 Piastres!  
Les voulez-vous?". Qui, à Calgary,
dans le temps de la Crise, aurait pu
payer comptant, une voiture de ce
prix là? Pendant la Dépression,
personne n'avait même pas $42!  J'ai
grandi dans ce temps-là, et j'en sais
quelque chose, je sais ce que je dis.

M. Nielsen a utilisé sa rutilante
McLaughlin Décapotable le toit
baissé, autant que possible, à
transporter les quelques visiteurs
en moyens, pour qu'ils puissent
contempler à souhaits, nos belles
montagnes Rocheuses, à 15-25
milles à l'heure, entre l'Hôtel Banff
Spring et le Château du Lac Louise,
et ce, jusqu'en 1939. Sa vue étant
devenue faible, la McLaughlin
Décapotable resta alors inutilisée.

Un résident de Banff en fit
l'acquisition vers 1947, pour son
usage personnel. La voiture avait
alors 18,000 miles au compteur. Il
s'en servit régulièrement et,
éventuellement, la donna à son fils
dans les années 60. Vers 1969, ce
fils, le 3ème propriétaire, voulut
alors la vendre et, pour respecter
les désirs de son père, à quelqu'un
qui saurait la réparer, l'entretenir
avec soin. Un jour, le fils vient me
voir et aperçoit dans mon garage, ma
McLaughlin Touring 1925 que j'avais
alors. Il me demande; "C'est vous qui
avez refait cette voiture?" Auquel j'ai
répondu: "Je l'ai toute refaite, par
moi-même" "Et j'en ai restauré une
bonne douzaine d'autre". Le fils
décida: "C'est à vous que je vais
vendre ma 1933, Vous saurez en
prendre soin". C'est alors que j'ai fait
la même manoeuvre que M. Nielsen
en 1933. Payé sur le champ, rubis sur
l'ongle. Quand les acheteurs
potentiels l'ont su, elle était dans
mon garage.

J'ai par la suite tout examiné,
inspecté, réparé ce qui devait l'être,
étape par étape tout en l'utilisant.
Elle avait alors 65,000 miles. Elle était
authentique et complète. Tous les
cadrans fonctionnent encore, même
la montre montée sur pierre.
Personne, autre que moi-même, a
travaillé sur ma McLaughlin au fil de
toutes ces années. J'ai toujours
utilisé de l'huile minérale
non-détergente, de grade 30. Le bas
du moteur n'ayant pas besoin d'être
refait, ça aurait été une grave erreur
de passer à l'huile détergente,
croyez-moi. La preuve : les
paliers/bielles sont encore en très
bonne condition. Elle ne dégoutte
pas de nulle part, elle rentre dans
mon garage, sur un tapis.

Elle est retournée à Banff, au Lac
Louise bien sûr, à Edmonton, en
Colombie, au Wyoming, au Montana,
etc.... C'est de la belle machine, bien
faite, un bon 8 cylindres en ligne,
fiable, doux et puissant, des bon
freins mécaniques. Avec son
empattement de 127", elle porte bien
et roule bien. On peut voyager avec
le toit en place ou à découvert, les
vitres montées ou baissées selon le
vent ou le temps qu'il fait. Je trouve
toujours ça bien pratique, surtout
pour une voiture de ce temps-là.
C'était un type de carrosserie plutôt
rare.

Ma McLaughlin '33 a  beaucoup servi
lors des Stampede, ici à Calgary. Une
année, en '73 je crois, c'était pour le
Cardinal Maurice Roy de Québec
(cette photo m'est parvenue d'un
Tchécoslovaque en visite). J'ai fait
beaucoup de noces avec, et bien
d'autres événements spéciaux.
  
Ces photos ne sont pas connues. Ça
ne m'a jamais intéressé de faire
passer ma McLaughlin dans les
magazines. Aujourd'hui, malgré mon
âge, je n'ai toujours pas d'idées de la
vendre. C'est une voiture rare, c'est
sûr, la seule au Canada, en tout cas.
C'est toujours un plaisir de la sortir
par beau temps, même si ce n'est
que pour aller prendre un café. Ça
fait jaser le monde. "Comment
pouvez-vous encore manoeuvrer
cette grosse voiture, à votre âge?"
Et je réponds avec quelque chose
comme;  "On se connaît bien, nous
deux!".                                                      
  
Georges Girard, un Franco-Albertain
de Calgary